Lundi 17 Mar 2008
Singing in the rain
Par Londoncam, Lundi 17 Mar 2008 à 05:37 GMT+2 dans Envies d'ailleurs
Voilà plusieurs mois que la terre a soif. Les bords de routes sont envahies par la poussière, la nature n'est plus verte: selon les régions et la couleur de la terre, les plantes se couvrent de rouge ou bien de sable. Dans le pays, les animaux se rassemblent près des points d'eau, les villageois guettent l'ombre, le niveau des puits est très bas. En ville cela se ressent autrement. L'herbe de notre jardin est sèche et jaunie, il n'y a pas de fleurs. On ressent une chaleur sèche, moins lourde et plus supportable, mais nous avons tous besoin d'eau.
Cela fait quelques jours que le ciel est lourd de nuages, menaçant. Comme tout le monde, j'attends l'orage, l'averse, la pluie africaine et tropicale qui soulagera les hommes et la nature. Depuis la terrasse de la maison, cet après-midi là, je guette. Notre maison est toute simple mais est construite un peu en hauteur, avec une terrasse surplombant une petite avancée de la mer, d'autres maisons et un coin de nature sauvage. Je sens, je sais que la saison des pluies va commencer aujourd'hui, en cet après-midi du mois de mars. Il y a comme de l'électricité dans l'air. Le chat est nerveux, la queue battante. Les mouches volent en zigzag, l'air est pesant, comme palpable. Le vent est tombé, la nature s'immobilise, comme en attente du spectacle.
Au loin, on voit comme de gros nuages de poussière rouge s'amonceler dans le ciel. Le pays, la ville, le quartier... j'ai l'impression que nous sommes au bord d'un précipice, que quelque chose va basculer. Nous ne serons pas déçus, ça commence ! D'abord, des éclairs de chaleur éclatent. La lumière qu'ils dégagent contraste violemment avec le sombre sourd des nuages. J'aperçois comme un immense voile se lever, tel un rideau de poussière. La tension est à son comble et tout à coup, ça y est !
Des trombes d'eau s'abattent sur le monde. Les toits en tôle sont violemment attaqués par la pluie épaisse et drue, et se défendent à leur manière en produisant le vacarme du roulement de mille tambours. Sur les pentes, l'eau dégouline en cascades, formant ainsi de mini chutes du Niagara en plein coeur de la capitale africaine. Il n'y a plus âme qui vive dans les rues, tout le monde cherche un abri à cette pluie bienfaisante mais acharnée.
Depuis ma terrasse, j'observe. Le paysage alentour a disparu pour laisser place à un rideau gris et c'est à peine si je distingue l'arbre à quelques mètres. La terre du jardin, submergée par les flots, ne peut absorber le déluge, et la pelouse se transforme en piscine. Je regarde ma mère d'un air suppliant. "S'il te plaîîît, je peux, dis ?". Avec un petit sourire en coin, elle acquiesce. Je souris en retour et je cours dans le jardin. En quelques secondes, je suis trempée, les pieds enfoncés dans l'eau jusqu'au chevilles ! Je patauge, je m'amuse. Mes orteils font ventouse avec la terre qui boit la tasse, je bois la pluie, je secoue mes cheveux trempés. J'ai 9 ans, et je m'amuse comme une petite folle !
D'un geste de ma mère, je rentre me mettre au sec, me sécher et me changer. Petit à petit, la pluie se calme, l'eau est absorbée, la vie reprend son cours.
Une autre fois, je vous raconterai nos péripéties dans les flaques géantes.











